Allemagne : L’amour à mort
Publié dans le magazine Books n° 1, décembre 2008 - janvier 2009.
Il a 27 ans, elle 21. Nous sommes en 1948. Ils se rencontrent dans une
soirée à Vienne. Il est roumain, juif, déjà polyglotte, elle est
autrichienne. Il a échappé des camps où toute sa famille a disparu,
elle est la fille d’un nazi de la première heure. Il fuit le passé et
deux dictatures pour gagner Paris, elle fait une thèse sur Heidegger.
Elle, c’est Ingeborg Bachmann, et lui, Paul Celan, deux des « poètes
les plus importants de la langue allemande ». Leur histoire est une
histoire comme seule la dernière guerre en a engendré, où l’oeuvre, la
politique et l’amour ne font qu’un. Les premières lignes que l’écrivain
Peter Hamm consacre à cette correspondance dans l’hebdomadaire Die Zeit
pourraient à elles seules expliquer son succès et sa présence, pendant
plusieurs semaines, sur la liste des bestsellers allemands : «
Longtemps, cet amour fut un grand secret. Puis une rumeur à peine
audible. À présent, il se donne ouvertement à voir, dans le miroir des
lettres échangées, entre 1948 et 1967. Lettres dont l’éclat tragique
est aussi singulier que destructeur. »
À l’image du premier poème offert par Paul à...