Allemagne : L’amour à mort

Il a 27 ans, elle 21. Nous sommes en 1948. Ils se rencontrent dans une soirée à Vienne. Il est roumain, juif, déjà polyglotte, elle est autrichienne. Il a  échappé des camps où toute sa famille a disparu, elle est la fille d’un nazi de la première heure. Il fuit le passé et deux dictatures pour gagner Paris, elle fait une thèse sur Heidegger. Elle, c’est Ingeborg Bachmann, et lui, Paul Celan, deux des « poètes les plus importants de la langue allemande ». Leur histoire est une histoire comme seule la dernière guerre en a engendré, où l’oeuvre, la politique et l’amour ne font qu’un. Les premières lignes que l’écrivain Peter Hamm consacre à cette correspondance dans l’hebdomadaire Die Zeit pourraient à elles seules expliquer son succès et sa présence, pendant plusieurs semaines, sur la liste des bestsellers allemands : « Longtemps, cet amour fut un grand secret. Puis une rumeur à peine audible. À présent, il se donne ouvertement à voir, dans le miroir des lettres échangées, entre 1948 et 1967. Lettres dont l’éclat tragique est aussi singulier que destructeur. »
À l’image du premier poème offert par Paul à...

ARTICLE ISSU DU N°1

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