Cuba : chronique d’une île à bout de souffle

Alors que la privation du pétrole vénézuélien, voulue par Donald Trump, ajoute à la déshérence de l’île, il faut lire le dernier roman de Leonardo Padura. Figure majeure de la littérature cubaine contemporaine, il décrit la désillusion, la misère matérielle et spirituelle dans laquelle sont immergés des millions de ses compatriotes. À travers le destin de Rodolfo, un fonctionnaire municipal à la retraite, l’auteur dresse le portrait d’une génération, celle des enfants de la révolution cubaine.  


Rodolfo, qui a fait la guerre d’Angola et dont la retraite ne dépasse pas les dix dollars par mois, survit grâce aux envois d’argent de sa fille depuis l’Espagne et de sa nièce depuis Miami. Son frère Geni a fait des décennies de prison pour parricide. Libéré car atteint d’une maladie en phase terminale, il revient mourir dans la maison familiale. Son retour, tout comme celui d’Aitana, la fille de Rodolfo, déclenche une confrontation avec le passé et une remise à plat des non-dits où tous les sentiments enfouis depuis l’assassinat du père refont surface.


Le quotidien de Rodolfo, ce sont aussi les coupures de courant, les murs qui s’effritent et les excréments de la chatte de sa voisine – un détail sordide qui souligne l’absurdité et l’indignité de son existence. La merde, littérale et symbolique, souligne Cristóbal Villalobos sur le portail littéraire Zenda, imprègne les pages du roman, reflétant un système à bout de souffle, une révolution qui a accouché d’une misère généralisée.


La Havane n’est pas un simple décor : c’est un personnage à part entière. Padura, qui a déjà exploré sa ville sous tous ses angles (notamment dans sa série policière mettant en scène le détective Mario Conde), en montre ici le visage le plus sombre : pénuries, corruption, maisons qui s’effondrent, le symbole d’une utopie devenue cauchemar, d’une avant-garde spirituelle transformée en une génération de survivants.


Inspirée par les flottilles d’aide à Gaza, la flottille Nuestra América (« Notre Amérique »), lancée par une coalition d’organisations humanitaires encouragée par des personnalités comme Greta Thunberg et Jeremy Corbyn, doit acheminer des aliments, des médicaments et des biens de première nécessité et converger vers La Havane le 21 mars. 


L’œuvre de Padura est largement parue en français. Le dernier livre traduit est Aller à La Havane (Métailié, 2026).

LE LIVRE
LE LIVRE

Morir en la arena de Leonardo Padura, Tusquets, 2025

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