Que faisons-nous de ce dont nous héritons ?

En mars 1916, le pianiste et compositeur espagnol Enrique Granados connaît un triomphe à New York pour son opéra Goyescas. Le président Wilson en personne le retient à la Maison-Blanche pour un récital impromptu. Il décide alors de rentrer à Barcelone avec son épouse Amparo. Arrivés en Angleterre, ils embarquent le 24 mars pour Barcelone à bord du Sussex qui est torpillé deux heures plus tard par un sous-marin allemand. Environ 80 passagers et membres d’équipage ont péri. En sécurité sur une barque de sauvetage, Granados, qui ne sait pas nager, voyant son épouse tomber dans la mer, se jette à l’eau pour la sauver. Les témoins diront qu’on les retrouva enlacés, emportés par les vagues. Il avait 48 ans.


Marta San Miguel s’est mise à écrire sur Granados parce qu’une mélodie entendue petite fille ne l’a jamais tout à fait quittée. Ce souvenir sonore enkysté dans sa mémoire donne à Última escala un élan particulier, qui le distingue d’une ordinaire biographie romancée. « Son roman nous plonge dans une Barcelone en pleine effervescence moderniste pour explorer la vie singulière d’un musicien au talent tardif et incontrôlable, tout en sondant le mystère de la musique et son pouvoir de nous émouvoir », écrit Guillermo Balbona dans El Diario Montañés.


En fouillant les archives, Marta San Miguel – poète et auteure de Antes del salto, salué par la critique mais non traduit en français – découvre que la mère d’Enrique Granados était originaire de Santander, sa propre ville. Elle apprend aussi qu’à leur mort, Granados et son épouse laissaient six enfants orphelins, héritant de leur talent, de leurs partitions et de leur façon d’être. « Que faisons-nous de ce que nous héritons ? » demande-t-elle. Elle pense aussi l’héritage que l’Espagne entretient, bien mal, avec ses propres compositeurs : Albéniz, Granados, Falla, Mompou, Casals, Turina, Sarasate – « un patrimoine sonore immense ; il suffit d’appuyer sur play pour en prendre la mesure ». Elle évoque aussi l’héritage plus diffus, presque physiologique, que la musique dépose en chacun de nous, car la musique « est la chose la plus universelle qui soit et pourtant son effet ne peut être plus intime et individuel ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Última escala de Marta San Miguel, Libros del Asteroide, 2026

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