Et maintenant l’intelligence biologique artificielle

Discipline à part entière, la biologie synthétique voit ses perspectives transformées par l’intelligence artificielle. Il est désormais possible de produire des gènes artificiels qui s’expriment dans les cellules de mammifères et de fabriquer des virus entièrement synthétiques. Cette nouvelle ingénierie est susceptible de « transformer comment la vie sur Terre se développe », écrit dans Nature Kate Adamala, biologiste synthétique à l’université du Minnesota. Son article expose avec clarté les tenants et possibles aboutissants de cette discipline, en résumant et commentant le livre d’Adrian Woolfson, cofondateur de Genyro, une entreprise biotech elle-même spécialisée dans le domaine. 


Complétons l’état de l’art. Nous savons aussi créer de nouvelles protéines, de nouvelles bactéries, modifier des gènes impliqués dans le diabète ou l’anémie falciforme. Nous saurons demain fabriquer des organismes capables d’éliminer une pollution, de synthétiser de nouveaux médicaments, de rendre inutiles l’utilisation de pesticides dans l’agriculture. Woolfson appelle « intelligence biologique artificielle » la faculté, qui en est seulement à ses débuts, de produire des modèles capables d’engendrer des génomes opérationnels entièrement inédits.


Kate Adamala liste les principaux obstacles auxquels se heurtent les chercheurs. Il est par exemple très difficile de prévoir comment l’expression d’un gène affecte l’expression d’autres gènes. Il est pour l’instant impossible de condenser des chromosomes dans le noyau d’une cellule, comme la nature sait si bien le faire. Impossible aussi de prévoir comment un organisme synthétique ou simplement modifié s’inscrira dans le contexte évolutif qui est celui des espèces naturelles. Ce qui, soit dit en passant, jette un doute sur la possibilité de faire renaître et prospérer des espèces disparues.


Woolfson se refuse à tout exercice de science-fiction, mais termine son livre par un avertissement : « nous sommes en train d’acquérir des outils assez puissants pour refaire la vie sans avoir la compréhension théorique qui serait nécessaire pour en contrôler les conséquences », écrit Kate Adamala.

LE LIVRE
LE LIVRE

On the Future of Species: Authoring Life by Means of Artificial Biological Intelligence de Adrian Woolfson, The MIT Press, 2026

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