La géographie, moteur de l’histoire
Publié dans le magazine Books n° 50, janvier 2014. Par Malise Ruthven.
Les vallées, les côtes, les montagnes et les steppes font bien davantage l’histoire que les idéologies. Au Moyen Âge déjà, Ibn Khaldoun l’avait compris : la géographie forge non seulement le caractère mais aussi l’avenir des peuples. Les cartes ont beau être d’invention récente et perdre chaque jour de leur pertinence, c’est encore l’esprit des lieux qui explique le destin du monde arabe, de la Chine, de l’Europe ou des Amériques.
Les sujets du Sultan et ceux qui s’intéressaient à ses fiefs avaient pour l’essentiel à leur disposition des images verbales, qu’exprimaient des formules imprécises comme Memaliki Mahrusi Shahane – « les possessions impériales sous la protection de Dieu ». L’imaginaire – les différentes façons de concevoir le monde – était centré sur l’homme plutôt que sur le territoire. Le pouvoir politique n’était pas pensé comme une autorité s’exerçant horizontalement à travers l’espace sur un terrain homogène en deux dimensions, mais verticalement à travers un système hiérarchisé de filtres humains é...