Pour nous autres modernes, il va de soi que le visage est le véhicule privilégié des émotions. Pendant tout le haut Moyen Âge (jusqu’au XIIe siècle), ce ne fut pourtant pas le cas : l’expression des mouvements de l’âme était « déléguée aux gestes et aux mains », comme l’écrit Chiara Frugoni dans un ouvrage qui entend déchiffrer ce langage et constitue, à en croire Marco Carminati dans
Il Sole 24 Ore, une « mine d’informations ».
Le refus de l’expression ostentatoire des sentiments provient d’une réaction face à ce que les premiers Pères de l’Église interprétaient comme des attitudes typiquement païennes. Les scènes médiévales de la Crucifixion montrent donc des Vierges dignes et placides, qui se contentent de serrer leur poignet en signe de douleur. Les grimaces, les corps désarticulés sont réservés aux damnés. Bien des gestes ont survécu jusqu’à nous, dont nous avons oublié le sens initial : pourquoi lève-t-on la main droite en jurant de dire « toute la vérité, rien que la vérité » ? Pourquoi les deux mariés se tendent-ils cette...