Pour en finir avec la rationalité économique
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Vous disposez d’une agréable maison de vacances en bord de mer, tout confort, que vous n’utilisez qu’un ou deux mois par an. Et comment ça, vous ne la louez pas ? Contrairement à ce qu’exigerait une conduite rationnelle sur le plan économique, vous préférez qu’elle reste vide, parce que tout simplement vous n’avez pas envie que des étrangers s’installent dans votre lit. Après une carrière de trader et de conseiller financier, Adam Hayes enseigne la sociologie à l’université de Lucerne. Dans ce livre rigoureux, note Crawford Spence dans la revue Finance and Society, Hayes entend montrer que la noria de biais cognitifs identifiés par les économistes comportementalistes ne suffit pas à expliquer l’irrationalité des acteurs économiques. Les enquêtes qu’il a menées dans des milieux divers font apparaître la puissance de la notion d’habitus, popularisée par Bourdieu : le fait que nos comportements sont aussi dictés par notre milieu social et nos croyances propres. Nous attachons plus de valeur à un bien s’il nous rappelle un proche que si son origine est indistincte. Pour en rester au marché immobilier, la subjectivité du sentiment esthétique motive des achats que la rigueur économique réprouverait. Ceux qui investissent dans les start-ups privilégient celles dont les fondateurs ont bénéficié d’une formation initiale semblable à la leur. La propension à éviter le risque, considérée habituellement comme plus répandue chez les femmes que chez les hommes, s’exerce en sens inverse chez les juifs ultra-orthodoxes en Israël.
