Le lectorat français ne s’en doute pas, mais c’est une Anglaise, Vita Sackville-West, qui a écrit l’une des études les plus empathiques et les plus perspicaces sur cette grande victime de ses ancêtres, notre Jeanne d’Arc. L’auteure s’intéresse à la Pucelle non pas en historienne mais en romancière séduite par la personnalité de Jeanne, « bien plus importante et intrigante que celle de toutes les autres figures politiques qui l’entouraient ».
Jeanne avait en effet un caractère de fer. Petite villageoise illettrée, elle a pu faire plier l’
establishment royal, s’emparer de l’âme faible de Charles VII et le faire couronner roi. C’est aussi son caractère qui lui a permis de régenter ses soudards victorieux, leur interdisant de piller et les contraignant à se confesser avant d’entendre des messes d’action de grâces, pendant qu’elle-même pleurait sur l’âme de ses victimes anglaises.
Vita Sackville-West ne se penche pas seulement sur la psyché de son héroïne, mais aussi sur son corps de femme. Lequel n’est pas à la hauteur de l’âme : « On peut présumer qu’...