Au début des années 1990, Thomas Quick, un homme instable qui avait été interné à la suite d’un vol,
avoua trente-neuf meurtres. Jamais il n’avait été soupçonné auparavant. Ses descriptions des victimes étaient plus qu’imprécises et il ne put jamais mener à un seul corps. Et pour cause : comme le démontra, des années plus tard, l’enquête d’un journaliste, Thomas Quick (Sture Bergwall de son vrai nom) n’avait tué personne. Dan Josefsson décrit dans « L’étrange affaire Thomas Quick » le mélange d’incompétence et d’illusion collective qui ont conduit à la condamnation de Quick pour huit meurtres. Les psychiatres qui suivaient le tueur imaginaire étaient des tenants de la théorie controversée de la mémoire retrouvée. Selon eux, Quick avait refoulé ses souvenirs des meurtres, et ceux-ci avaient resurgi à la faveur de la thérapie. Dans cette logique, « plus Quick commettait d’erreurs, plus il était susceptible d’être coupable (les erreurs étant une façon d’approcher la vérité) », lit-on dans le
Guardian. D’après Joan Smith, qui commente le livre dans la
Literary Review, l’affaire est représentative de ce qui arrive quand « des gens intelligents veulent tellement croire quelque chose qu’ils abdiquent la raison et leur habituel sens critique ».