Meilleures ventes au Pérou – Le développement, chacun pour soi

Dans un Pérou conquis par le libéralisme économique, et dont la population ne jure que par la réussite individuelle, les livres de développement personnel font florès. Aux dépens de la littérature.

1 90 años de aprismo (« 90 années d’aprisme »), d’Alan García, Titanium
2 Soltera codiciada (« Célibataire convoitée »), de María José Osorio, Aguilar
3 La parábola de Pablo (« La parabole de Pablo »), d’Alonso Salazar, Planeta
4 Diario de Greg 6 (Journal d’un dégonflé. Vol. 6), de Jeff Kinney, Molino
5 El éxito es una décision (« La réussite se décide »), de David Fischman, UPC
6 Pida la palabra (« Demandez la parole »), d’Alan García, Titanium
7 Dare to Dream Life as One Direction (One Direction. Jusqu’au bout du rêve), de One Direction, Harper Collins
8 Usted S.A. (« Vous-même S.A.»), d’Inés Temple, Norma
9 Oscar y las mujeres (« Oscar et les femmes »), de Santiago Roncagliolo, Alfaguara
10 Diario de Greg 4 (Journal d’un dégonflé. Vol. 4), de Jeff Kinney, Molino
Librairies Crisol, 3 mars 2013.

Dans cette liste des dix titres les plus vendus au Pérou, un double phénomène attire d’emblée l’attention : la présence de deux ouvrages signés par l’ex-président Alan García et la domination des ouvrages de développement personnel. Pida la palabra réunit même ces deux caractéristiques, puisqu’il s’agit d’un livre de conseils pour vaincre la timidité à l’oral, écrit par… Alan García lui-même ! Rappelons que celui-ci a été président du Pérou de 1985 à 1990 et de 2006 à 2011. Orateur hors pair – qualité qui lui assure une certaine popularité malgré les accusations de corruption dont il fait l’objet –, il dirige l’APRA, le premier parti politique du pays. Celui-là même dont il prétend rénover la vieille doctrine anti-impérialiste et socialisante dans 90 años de aprismo, en tête des ventes.

Mais son discours est avant tout pragmatique : il faut poursuivre l’ouverture économique, pour attirer les investissements dans un pays en pleine croissance où le libéralisme économique s’est imposé. L’idée que l’effort personnel est la clé de la réussite sociale est désormais très répandue. Comme l’illustre El éxito es una decisión, de David Fischman, qui vit à Lima et mêle les connaissances plus ou moins scientifiques aux exemples pratiques pour démontrer que vouloir, c’est pouvoir. La responsabilité individuelle en matière de succès ou d’échec est aussi au cœur du livre d’Inés Temple, Usted S.A. Directrice d’un important cabinet de reconversion professionnelle, elle met l’accent sur la capacité d’adaptation qu’exige aujourd’hui le monde du travail. Sur un ton plus léger, c’est aussi de réussite que parle la blogueuse péruvienne María José Osorio dans Soltera codiciada, un manuel destiné aux jeunes femmes des classes moyennes en quête d’un mari susceptible de leur assurer à la fois bonheur conjugal et statut social.

L’un des seuls titres à échapper à ce registre est La Parábola de Pablo, une enquête sur la vie du narcotrafiquant Pablo Escobar, écrite par l’ancien maire de Medellín, le Colombien Alonso Salazar. Quant à Journal d’un dégonflé et One Direction, l’histoire du boys band anglais, ils s’adressent surtout à un public adolescent aux goûts mondialisés.

À l’heure où le désir de performance évince les questions sociales et identitaires, la littérature péruvienne est uniquement représentée par le roman de Santiago Roncagliolo, Oscar y las mujeres, en neuvième place. La portion congrue…

Sociologue, chercheuse au CADIS (EHESS), Émilie Doré s’intéresse aux populations défavorisées et aux classes moyennes émergentes de Lima.

ARTICLE ISSU DU N°43

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