Millet et Gallimard
Publié dans le magazine Books n° 39, janvier 2013.
Pourquoi aucun auteur de chez Gallimard n’a, semble-t-il, menacé de couper les ponts avec la maison lors de l’affaire Richard Millet ? L’historien américain Robert Zaretsky, spécialiste de la France, a posé la question avec une feinte naïveté dans les colonnes du Times Literary Supplement. Le pamphlet de quinze pages de Millet, Éloge littéraire d’Anders Breivik, avait créé en septembre dernier un scandale légitime. L’honorable membre du comité de lecture de Gallimard, lui-même romancier, voyait dans le tueur norvégien, un « écrivain par défaut ». Il admirait la « perfection formelle » de son acte, dans lequel il décelait une saine réaction face à l’actuelle décadence européenne : Breivik est « un enfant de la ruine familiale autant que de la fracture idéologico-raciale que l’immigration extra-européenne a introduite en Europe ». Le pamphlet ne se comprend que si l’on a lu celui qui le...