Inde – La bataille de Birmanie
Publié dans le magazine Books n° 29, février 2012.
« Un pays situé entre deux superpuissances en devenir est confronté à des choix difficiles », explique Siddhartha Deb dans le Guardian de Londres. Le paradoxe de la Birmanie est d’occuper une position géostratégique clé en Asie du Sud-Est mais d’être restée pendant un demi-siècle un pays isolé, qui est passé à côté du boom économique qu’ont connu tous ses voisins. Voilà qui devrait changer dans les années à venir, estime l’historien Thant Myint-U…
« Un pays situé entre deux superpuissances en devenir est confronté à des choix difficiles », explique Siddhartha Deb dans le Guardian de Londres. Le paradoxe de la Birmanie est d’occuper une position géostratégique clé en Asie du Sud-Est mais d’être restée pendant un demi-siècle un pays isolé, qui est passé à côté du boom économique qu’ont connu tous ses voisins. Voilà qui devrait changer dans les années à venir, estime l’historien Thant Myint-U dans un ouvrage qui se taille un beau succès si l’on en juge par les ventes de la librairie Bahri Sons de New Delhi.
« La principale hypothèse de Where China Meets India est que non seulement la Birmanie mérite de jouer un rôle économique, politique et même militaire plus important sur la scène internationale, mais qu’elle va le jouer », note James Fallows dans le New York Times. Les sanctions occidentales contre le régime ont jeté le pays dans les bras de la Chine. Et l’Inde, inquiète de cette alliance, s’est elle aussi rapprochée de l’État paria depuis le milieu des années 1990.
« Thant Myint-U énumère les aides généreuses de Pékin, ses ambitieux programmes de développement des infrastructures, et se demande si l’Inde, dont les projets de routes, de chemins de fer et de ports restent à un état bien plus embryonnaire, peut espérer rivaliser avec les offres chinoises », rapporte Sunanda Datta-Ray dans India Today. Pékin convoite, certes, les matières premières birmanes, mais aussi et surtout sa côte tournée vers l’ouest. « Ce dont manque la Chine, c’est d’une Californie », remarque Thant Myint-U. Autrement dit d’« une autre côte qui donnerait à ses provinces intérieures enclavées un débouché maritime ». Voilà qui permettrait de résoudre le « dilemme de Malacca », du nom du détroit qui relie le Pacifique à l’océan Indien et par lequel doit passer l’essentiel du pétrole et du gaz importés par Pékin. « Un nouveau port, des pipelines et des routes sont en construction en Birmanie pour donner à la Chine un accès au golfe du Bengale », constate The Economist.
De son côté, l’Inde n’a pas dit son dernier mot. « Un élément joue en sa faveur, juge Sunanda Datta-Ray. De nombreux dirigeants birmans s’inquiètent de voir leur pays devenir une province chinoise. » À cela s’ajoute une proximité culturelle plus forte entre les deux anciennes colonies britanniques. À en croire Thant Myint-U, l’une des conséquences paradoxales de cette compétition est que « l’Inde et la Chine sont aujourd’hui géographiquement plus proches qu’elles ne l’ont jamais été ». Cette proximité conduira-t-elle à la renaissance de la route de la soie ou à de nouvelles rivalités de puissance ? Tout dépendra, selon l’auteur, de l’évolution du régime birman.