Les gènes du sexe
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Dans le cerveau, plus de 3 000 gènes s’expriment différemment chez la femme et chez l’homme. Rapporté récemment dans la revue américaine Science, ce constat révèle à quel point nous sommes encore loin d’avoir pleinement exploré la différence des sexes. En l’occurrence, soulignent les auteurs, cela devrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la prévention et le traitement de diverses pathologies de l’esprit qui ne frappent pas également les deux sexes. Ainsi la schizophrénie, le trouble déficit d’attention avec hyperactivité et la maladie de Parkinson touchent davantage les hommes que les femmes, et c’est l’inverse pour les troubles de l’humeur et Alzheimer.
« Le sexe est la différence normale la plus profonde entre les individus humains », rappelle la généticienne Jennifer Graves dans son livre. Elle y expose l’état d’un savoir au progrès duquel elle a elle-même participé de manière décisive. Nous savons tous que le chromosome Y est celui de la masculinité. Les étudiants en biologie savent qu’en cas d’anomalie chromosomique du type XXY ou XYY l’organisme devient mâle, tandis qu’en l’absence de Y une anomalie dans le nombre de X (un seul ou plusieurs au lieu de deux) l’organisme devient femelle. Les scientifiques, eux, savent qu’un individu XX peut cependant être un mâle. Cela s’explique car, en réalité, ce n’est pas le chromosome Y en tant que tel qui détermine le sexe mâle, mais un seul gène, qui peut s’insérer par inadvertance dans un chromosome X. Inversement, un individu XY peut être femelle car le gène en question peut avoir disparu du chromosome Y. La preuve définitive en a été apportée en 2013, quand on a su enlever le gène décisif dans un embryon XY de souris : de mâle, elle est devenue femelle.
Jennifer Graves décrit bien d’autres curiosités inattendues. Dans le dernier chapitre, souligne le biologiste Michael A. Goldman dans la revue Nature, elle évoque ce que l’on sait du rôle des gènes dans l’homosexualité et la condition transgenre. Elle n’oublie pas de rappeler le rôle clé joué par plusieurs scientifiques femmes dans les avancées réalisées dans ce domaine depuis la découverte des chromosomes sexuels par l’Américaine Nettie Stevens à l’orée du XXe siècle.
