Voyage au bout du Yangtsé
Publié dans le magazine Books n° 57, septembre 2014.
En décrivant la descente en enfer d’une jeune Chinoise qui cherche à échapper au planning familial, le dissident Ma Jian révèle les turpitudes de son pays.
Les autorités de Pékin ont banni tous les romans du dissident en exil Ma Jian. À la lecture de La Route sombre, on comprend pourquoi. On y suit l’épopée fluviale de la jolie Meili, fuyant de déchetterie en camp de détention la malveillance des autorités. Cette longue dérive vers le sud est le prétexte d’une recension au fil de l’eau de toutes les horreurs et turpitudes de la Chine moderne : « Des fœtus sanglants sont mis dans des sacs de plastique, ou transformés dans des restaurants cantonais en soupes aphrodisiaques. Les déchets toxiques donnent au célèbre Yangtsé la couleur du thé vert. On falsifie le lait en poudre des nourrissons, injecte des hormones de croissance dans les melons, moud le riz avarié avec de la cire pour le revendre, martyrise les handicapés mentaux », énumère Tas Aw dans The Guardian. « Les gens boivent de l’eau où grouillent les...