L’information à l’aube de l’Europe moderne
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Le premier organe de presse, un hebdomadaire en format livre, fut imprimé à Cologne en 1592 (début du règne de notre Henri IV). Et avant cela ? Comment circulaient les nouvelles ? Par annonces orales faites par les autorités, par les prédicateurs à l’église, par la rumeur et le bouche-à-oreille, et bien sûr par les lettres. La vraie nouveauté, explique le Gallois Joad Raymond Wren dans un livre de plus de 600 pages, ce furent les avvisi italiens (de l’ancien français avis) qui se développent dans la seconde moitié du XIVe siècle, notamment à Venise. Recueillies sous forme manuscrite par l’intermédiaire de lettres reçues par les marchands, des nouvelles très brèves (parfois une seule phrase) étaient réunies en un petit paquet (une feuille pliée en quatre) et diffusées contre argent ou faveurs auprès de ceux qui y voyaient un intérêt : officiels et marchands principalement. Les formules étaient du genre : « Par une lettre du 12 mai, nous apprenons que la nouvelle est parvenue ici le 6 mai qu’une bataille s’est tenue, etc. » Impersonnelles et anonymes, les formules se contentaient de l’essentiel, sans trace de tentation éditoriale : l’information devait être prise pour ce qu’elle était, à prendre avec précaution car sujette à révision. Les avvisi se sont étoffés au XVe siècle, pour former peu à peu un véritable réseau européen, dont Venise, Rome, Anvers et Cologne étaient les nœuds principaux. Les avvisi pouvaient être compilés et reformatés. Selon l’auteur, ils étaient moins susceptibles que nos moyens actuels d’information de diffuser des nouvelles fausses ou fabriquées.
